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Yakinatchee et Arlecoquin

- Temps de lecture : 7 minutes

Yakinatchee et Kuca suivaient Elpis, l’étoile de la nuit tombée et du jour levé. Ils marchaient sous la bruine fine qui mouillait le sable chaud, dégageant une forte odeur de terre mouillée qui rappelait le temps où la marmite cuisait sur le feu du foyer du village.

Ils marchaient, marchaient, marchaient… régulièrement, Elpis guidant toujours chaque pas vers la prochaine rencontre.

Ils arrivèrent, bientôt, au pied d’une montagne. Une montage qui semblait immense à Yakinatchee du haut de ses 10 ans. Elpis avait disparu derrière la montagne. Il était temps de planter le tepee et de s’ installer pour la nuit.

Dans la pénombre, Yakinatchee aperçut, au loin, un feu qui crépitait. Les flammes illuminaient la nuit. C’ était un village derrière des barrières de bois. De l’ autre côté, on entendait des paroles.

Rassurée par cette présence humaine, Yakinatchee entreprit de s’ avancer vers cette paroi de bois.
Peut-être que ses parents se trouvaient à l’ intérieur ? Peut-être que les gens, de l’ autre côté, pourraient l’ aider ?

– « Kuca, allons jusque vers cet étrange clôture. Nous y trouverons peut-être la Parole Sacrée ? »

Ils s’ approchaient du mur de bois quand ils entendirent une voix leur dire : « vous recherchez la Parole Sacrée. Les Esprits de la Lune Noire me l’ ont dit. Je vous attendais. Suivez-moi, je vais vous accompagner à sa rencontre ».

Yakinatchee était heureuse. Enfin, elle allait pouvoir rentrer chez elle. Elle sentait un immense soulagement : dans sa poitrine, son cœur explosait. Elle était en joie.

À ses côtés, Kuca lui souffla : « Yakinatchee, ne suis pas cette voix. Tu ne vois pas qui te parle. Nous sommes dans la nuit et les esprits rieurs peuvent faire des farces ».

Yakinatchee, toute heureuse à l’ idée de revoir ses parents, lui répondit : « Kuca, arrête de dire des bêtises. La voix nous dit qu’elle va nous guider jusqu’ à la Parole Sacrée. Elle nous a expliqué que ce sont les Esprits de la Lune Noire qui lui ont annoncé notre venue. Tu te fais des idées ».

Ils avançaient vers le lieu d’ où sortait la voix quand un jeune homme blond aux yeux de chats sortit de derrière un bosquet. Il était habillé d’ un vêtement à losanges de toutes les couleurs, avec une coiffe ridicule.

– «Bonjour, mon nom est Arlecoquin. Suivez-moi !

– Où allons-nous ?

– Je vous conduis chez Kochee, mon ami et maître. Il vous attend. »

Il arrivaient près de la palissade de bois quand un rondin roula et leur laissa le passage.

Décidément, c’ était un bien étrange endroit. Un enclos de bois avec un tronc qui roulait sur lui-même pour créer une ouverture. Yakinatchee n’avait jamais rien vu d’ aussi bizarre. Des arbres sans feuilles qui s’ écartaient pour vous laisser passer.

Ils marchèrent sur des petits sentiers de pierre au bout desquels on voyait des sortes de tepee de bois. Ils étaient carrés et sans peau de bisons, comme le mur autour du village. Ils arrivèrent devant une des petites cabanes et entrèrent dans l’unique pièce qui la composait. Là, la porte se referma sur Yakinatchee et Kuca, sans qu’ ils n’aient rien vu venir. Ils étaient prisonniers.

– « Arlecoquin, que fais-tu ? », demanda Yakinatchee.

-« Je vais chercher Kochee, il va me libérer du sort qu’il m’avait jeté pour me remercier de vous avoir attrapés.

– Mais pourquoi ? Tu nous avais dit que nous allions rencontrer la Parole Sacrée !

– Je vous ai dit que vous la rencontrerez ! Mais Kochee veut la récupérer. Elle lui donnera le pouvoir sur le Monde. Grâce à elle, il deviendra Patronimus, dieu de la liberté. »

Yakinatchee se mit à pleurer. « Voilà, j’ ai fait confiance bêtement, je ne t’ ai pas écouté, Kuca, et maintenant nous sommes prisonniers. Nous avons été trahis. »

– Yakinatchee, ne pleure pas. C’ est une expérience que tu vis. La Parole Sacrée te met peut-être à l’ épreuve, pour voir si tu es le messager qu’ elle attendait ?

– Non Kuca, je ne suis pas fiable ! On ne peut pas me faire confiance ! Je ne t’ ai pas écouté alors que tu m’ avais dit de me méfier d’ Arlecoquin. »

Alors que Yakinatchee prononçait ces paroles, elle ressentait un gros poids sur sa poitrine. Elle était fâchée contre elle-même et le doute en ses propres capacités s’ installait. C’est ce qu’ on appelle la perte de confiance en soi qui peut amener à un auto jugement, puis à la perte d’estime de soi.

Vexée, elle serrait les dents et bloquait ses sensations dans sa gorge, refoulant les sanglots qui montaient. Plus sa mâchoire se durcissait pour repousser sa peine, plus elle percevait le fardeau qui s’ emparait de son cœur.

Comme par enchantement, ses jambes se figèrent. Elle ne pouvait plus bouger. Elle était emprisonnée dans un étau de bois. La matière commençait à recouvrir ses genoux, puis ses cuisses. Elle sentait son bassin se figer, puis le bas du dos. Et le bois continuait à monter parvenant à sa gorge, puis sa tête. Seule sa bouche restait libre, pour parler…

– « Kuca, aide-moi. Je suis emprisonnée dans un arbre. Que puis-je faire ? Je suis paralysée dans cette carapace.
– Oui, ta colère contre toi-même t’ a immobilisée en te transformant en morceau de bois. Tu es figée, comme une statue de bois. En faisant cela, tu deviens intouchable, à l’ abris de ton tronc et rien ne pourra plus t’ atteindre.

– Mais pourquoi ?

– Tu as réagi comme certains humains qui s’ enferment dans l’ indifférence pour se protéger des émotions. En te verrouillant de cette manière, tu te coupes des ressentis et d’un immense savoir. Tu te coupes du pays des émotions, celui qui mène à la Parole Sacrée…
Attends-moi là. Je vais aller à la recherche d’ une fée des forêts. Elle pourra t’ aider.

– Où voudrais-tu que j’ aille ? Je suis séquestrée dans un arbre ! » s’exclama Yakinatchee.

Kuca sorti, laissant la petite amérindienne dans son tronc d’ indifférence.

 

Kuca parti, la fillette prisonnière attendait et pensait : « le temps n’est jamais de la même longueur ». « Parfois une journée où je suis avec mes parents et mes amis au village me paraît bien courte, et là, ça me parait une éternité ! ».

Elle finit par s’endormir, enserrée dans son mât.

Les journées passaient et elle restait ainsi, se lamentant le jour, et s’ endormant la nuit, épuisée des larmes versées durant des heures…

Au bout de quelques temps, elle entendit des sons étranges. Elle reconnut les sons qu’elle avait entendus, le soir de leur arrivée. Il s’ agissait de voix. Prisonnière de son tronc, elle avait fini par accepter son immobilité et son mental avait fini par abandonner toute résistance. Elle ne pleurait plus. Elle était habitée par quelque chose qui la dépassait. Elle comprenait le sens des phrases.

– «  Yakinatchee, nous sommes là, nous sommes prisonniers comme toi. Nous sommes les rondins qui constituent l’enceinte de cet enclos. C’ est Kochee qui nous a piégés pour découvrir la Parole Sacrée. Il envoie ce rusé d’ Arlecoquin à chaque fois qu’ un nouveau voyageur arrive. Mais, ce qu’ il ne sait pas, c’ est que toi, tu sais parler avec les animaux et que les animaux te font confiance. Alors Kuca va pouvoir te sauver. Et quand il t’ aura délivrée, tu pourras nous libérer à ton tour. »

Yakinatchee reprit confiance et pouvait parler avec ses nouveaux amis.

Après plusieurs jours qui devinrent des semaines, Kuca rentra, accompagné d’un étrange personnage, paré d’un costume fait de brume et des couleurs de l’ arc-en-ciel., accompagné de mille fleurs. En son centre, une belle lumière blanche irradiait et diffusait une chaleur douce et tendre.

– « Je suis la Fée du Temps, d’ hier, d’ aujourd’hui et de demain. Je suis la Fée du Temps qu’ il fait et j’ accueille la pluie, le soleil, la neige et le vent. Je suis la Fée du Temps libre et de la créativité et je vais t’ aider dans ton épreuve de libération.

– Bonjour Kuca, bonjour Fée du Temps. Que je suis heureuse de vous voir ! Qu’ allez-vous faire pour me délivrer ?

– Pour commencer, je vais te demander de changer de point de vue, de perspective…
Face à ce qui est arrivé ici, j’ aimerais que tu me dises, comment tu pourrais envisager les choses d’ une autre manière ?
Tout est illusion et dès que ton esprit garde une pensée négative, tu immobilises l’énergie du Monde.
En observant différemment, tu vas actionner ta capacité à changer l’ univers dans lequel tu vis. Tu vas entrer dans la réalité. »

Yakinatchee réfléchit et répondit : « quand nous sommes arrivés ici, j’ ai fait confiance à un inconnu. J’ ai oublié mon objectif : trouver la Parole Sacrée. Du coup, je me suis dénigrée, m’ enfonçant dans des pensées tristes et négatives. J’ ai perdu la foi, ce qui a paralysé mon corps et mes pensées. Je ne pouvais plus réfléchir. J’ ai agi par réaction. Je ne me suis plus aimée.

– Oui Yakinatchee. Tu t’ es jugée toi-même en te critiquant. La parole est puissante et elle peut sauver ou détruire. Elle doit être utilisée avec amour et dans la vérité. Les mots sont lourds ou légers, selon la pensée qu’ ils véhiculent et le sens qu’on leur donne. »

La fée poursuivit : « Je te donne un coffre dans laquelle tu vas ranger tes vieux raisonnements pour les enterrer dans le sol de la cabane. »

Sur ces mots, la fée posa devant Yakinatchee une jolie boite de couleur terre.

Au même moment, la plume d’aigle magique sortit du haut du tronc et commença à écrire toutes les pensées négatives dont elle voulait se débarrasser.

Au fur et à mesure que les mots s’ inscrivaient, la fillette se libérait de ses entraves. Allégée de ses pensées négatives, elle fut débarrassée du tronc et put se mettre à marcher.

Elle mit les écrits dans la boite et enterra celle-ci, dans le centre de la cabane.

Alors qu’ elle mettait la dernière poignée de terre, à l’ endroit où elle avait enfoui le coffret, un bel arbre orné d’un magnifique houppier vert émeraude se mit à pousser.

À cet instant, les rondins disparurent et des centaines de personnes apparurent devant elle.
Elle ne les connaissait pas, mais elle reconnaissait les voix qui avaient parlé avec elle quand ils étaient prisonniers des troncs de bois.

Tous ses nouveaux amis l’ embrassaient chaleureusement et la remerciaient de les avoir libérés de Kochee, le sorcier malfaisant.

Il fêtèrent joyeusement cette libération et dansèrent autour de l’ arbre émeraude jusque tard dans la nuit.

Ils finirent par s’ endormir à la belle étoile.

Le lendemain au lever du jour, quand Elpis apparut, chacun repris sa route vers sa destinée.

Yakinatchee avait encore passé une épreuve sur la route de la Parole Sacrée. Elle savait, désormais, que sa parole était un outil puissant à utiliser avec justesse.

 

La suite de ce conte, la semaine prochaine…

 

Bonne semaine à vous.

Isabelle ABBADIE-BAOUSSON

Les épisodes précédents :

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Image Canva composition Isabelle ABBADIE-BAOUSSON

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