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L’ange de Yakinatchee

- Temps de lecture : 5 minutes

Yakinatchee et Kuca marchaient en silence.

À chaque pas, Yakinatchee ne pouvait s’ empêcher de penser à ce qui s’ était passé dans le village, aux pieds de la montagne. Elle ressassait et se sentait coupable de ne pas avoir écouté Kuca. À cause d’ elle, ils avaient perdu plusieurs semaines pour chercher la Parole Sacrée.

Elle se sentait responsable de ce qui était arrivé. Elle n’ avait pas été assez prudente. Elle ne pouvait s’ empêcher de s’ en vouloir. Elle avançait, sans regarder ce qui se passait autour, restant bloquée dans ses pensées.

Peu à peu, une sensation étrange prenait place dans son ventre. Un poids lourd et froid s’ immisçait dans ses entrailles, la coupant de l’ ambiance environnante. Elle n’ était plus que cette boule, lourde et glacée. La joie qu’ elle avait connue lors de son épreuve avec la Reine des fourmis fondait comme neige au soleil, laissant place à une peur visqueuse et gluante qui se développait en réponse à ses divagations.

Le doute s’ étant installé en elle, la peur d’ échouer dans sa mission faisait écho à sa culpabilité. Elle se laissait contaminer par son émotion.

Jamais elle ne réussirait dans sa mission !

Kuca qui savait lire dans les pensées de son amie, voyait tout, comprenait tout.
C’est le propre des animaux que de ressentir des choses que les humains ne sont pas
capables de capter, trop perdus dans leurs illusions.

Kuca restait silencieux. Il savait que Yakinatchee devait vivre son épreuve dans l’ intégralité.
Le doute et la peur en faisant partie, il se souvenait de cette parole qu’ il avait entendu un jour : « heureux l’homme qui a connu l’épreuve, car il a trouvé la Vie.»*

 

Ils avançaient depuis des heures.

Elpis avait disparu. Le temps était incertain et le décor changeait sans que Yakinatchee n’ en soit consciente. Elle était un automate portée par ses jambes et perdue dans la profondeur de ses sombres fantasmes. Elle ne voyait plus son ami Kuca ni le paysage.

Ils débouchèrent dans une immense plaine blanche. À sa vue, Yakinatchee reprit contact avec la réalité. Tout était blanc et froid, comme l’ eau qui descend de la montagne. Au loin, un immense miroir reflétait les rayons du soleil. Des arbres s’inclinaient sous le poids d’ une poudre scintillante.

Ils cheminaient en direction de la surface réfléchissante du lac glacé quand une lueur apparut dans le ciel. De belles couleurs ondoyaient, glissant du mauve vers le rose, puis le vert et le doré, tel un bal d’ ondes lumineuses.
Le ciel s’ était assombri rapidement et Elpis avait reparu.

À ce moment, un petit bonhomme emmitouflé dans une peau de bison surgit de nulle part.
Il portait un bonnet étrange en forme de tête d’ours et gigottait comme une marionnette.

– « Yakinatchee, je ne savais pas que tu arriverais si vite ! », dit-il. « Comment as-tu fait ?

– Je ne sais pas », répondit l’enfant. « Je ne sais pas et je ne veux pas savoir…
J’ ai failli à mon devoir en n’écoutant pas Kuca. Nous sommes restés enfermés, par ma faute, et nous avons perdu du temps pour trouver la Parole Sacrée. Je ne sais pas où aller. Je ne sais pas quoi faire. Je suis nulle !

– Yakinatchee, j’ ai suivi l’aurore boréale pour venir à ta rencontre. Je suis ton ange, le gardien de ton âme. Je descends du ciel pour te relier au divin qui est en toi. N’ oublie pas que la vie est simple. Il suffit de suivre ton cœur, non tes pensées. Je suis venu t’ éclairer de la lumière divine.

– Oui, tu dis ça ! Mais la dernière fois que j’ ai fait confiance à un inconnu, c’ était un menteur : Arlecoquin. Pourquoi te croirais-je, toi ?

– Observe le paysage. Nous sommes dans le Grand Nord, le pays de la neige et du froid.
Tu as toujours voulu créer des images. Souviens-toi des teintes de ton orgue à couleurs : elles illuminaient la monotonie de tes journées.  Arlecoquin ne te connait pas. Seuls ta conscience et ton ange personnel connaissent ta profondeur et ton histoire personnelle.

-…

– Regarde ce pays tout blanc. Tu as sous tes yeux le livre blanc de l’ histoire de ta vie.
C’ est toi qui peut lui donner les pigments des éclats de la lumière que tu souhaites voir, comme le ciel coloré.
C’ est par là que tu pourras libérer la Parole Sacrée. Je te donne des clés pour comprendre, pas de fausses promesses.»

En entendant cela, Yakinatchee repris confiance en elle. Elle se souvenait des heures qu’ elle passait à attendre sa maman quand elle sortait de l’école.  Pendant que Yuacami était à la cueillette, Elle s’ ennuyait, parfois.

Pour passer le temps, elle avait trouvé une occupation joyeuse en créant des milliers de couleurs à partir de la terre, des fleurs, des pierres.  Elle revoyait le jardin autour du tepee. Les fleurs violettes et bleues qu’ elle avait ramassées et plantées pour donner de la vie. Avec la terre rouge, elle donnait du relief à des créations colorées.

Elle allait réussir. Elle allait créer un jardin de couleurs, dans ce tableau blanc.

Elle monta son tepee et s’ installa avec Kuca. Ils firent un feu, comme Yuakami et Quatayuaco le lui avaient appris. La nuit étant tombée, ils mangèrent des baies qu’ ils avaient trouvées avant de se coucher.

 

A son réveil, Yakinatchee se leva rapidement pour aller chercher dans les bois les couleurs et textures qui lui permettraient de créer les différents coloris.

Elle commença par teinter de vert le sol, sous ses pieds, avec une peinture verte qu’elle fabriqua à partir d’herbe cuite sur le feu. Le blanc de la neige prit un jolie teinte vert brillant, tel une luciole dans la nuit.

Elle créa de l’ indigo à partir de l’ indigotier qu’ elle avait vu près du bois. Elle mit les feuilles à macérer pour récupérer la belle couleur bleue, comme ces ancêtres avant elle. Elle le versa sur le miroir du lac qui se transforma dans un beau bleu violet.

Maintenant, elle allait créer du marron avec la terre, en creusant le sol. Elle habilla les arbres.

Plus elle colorait la nature, mieux elle se sentait. Elle était allégée. Petit à petit, elle se délestait du poids dans son ventre.
La peur disparaissait. A chaque couleur créée et posée, l’ allègement se faisait plus intense.

Soudain, un village prit forme avec l’ application des couleurs. Des murs rouges et des toits d’ardoises surgirent de la teinture.
Elle entendit les rires des enfants et les voix des parents.

Par son travail de coloration, elle avait libéré le bourg de l’ enchantement du méchant Kochee. Elle avait libéré le printemps qui apportait ses couleurs et sa douceur.

Elle comprenait que sa mission n’ était pas terminée. Elle devait retrouver la Parole Sacrée avant Kochee pour libérer son peuple.
Mais elle prit du temps pour jouer avec les enfants. Elle rencontra les parents qui lui expliquèrent ce qu’ avait fait le méchant mage.
Comment il les avaient bernés pour trouver la Parole Sacrée.
Elle retrouvait la valeur de la relation humaine : prendre le temps d’écouter et de vivre pour se tourner vers ses amis.

Ils chantèrent et dansèrent sous des feux d’artifice pendant toute la soirée, fêtant la libération des habitants du Grand Nord.
Une fois les festivités terminées, elle dormit avec Kuca dans son tepee, bien décidée à retrouver la Parole Sacrée et ses parents.

 

Elle venait de relever une épreuve qui la libérait du poids du passé.
Elle savait dorénavant que la paix était dans son cœur.
Elle avait tout en elle.
Elle comprenait, maintenant, la parole de son ami Kuca au début de cette aventure particulière : « tu as tout en toi… ».

 

La suite de ce conte, la semaine prochaine…

 

Bonne semaine à vous.

Isabelle ABBADIE-BAOUSSON

 

* Apocryphe : l’Évangile selon Thomas,  logia 58 (ouvrage du IIème siècle écrit en copte découvert en 1945, à Nag Hamadi, dans le désert égyptien).

 

Les épisodes précédents :

  1. https://iabcoachingyoga.fr/il-etait-une-fois/
  2. https://iabcoachingyoga.fr/yakinatchee-et-monsieur-saumon/
  3. https://iabcoachingyoga.fr/yakinatchee-et-la-reine-des-fourmis/
  4. https://iabcoachingyoga.fr/yakinatchee-et-arlecoquin/

 

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Image Canva composition Isabelle ABBADIE-BAOUSSON

 

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